Affaire Doucet

Le lent retour à la normale de la bibliothèque Jacques-Doucet

Fabien Oppermann administrateur provisoire de la bibliothèque littéraire Jacques Doucet - Photo Olivier Dion

Le lent retour à la normale de la bibliothèque Jacques-Doucet

La prestigieuse bibliothèque de la place du Panthéon avait fermé en octobre 2022 suite au vol d’oeuvres de la collection Bélias. S’en sont suivis quinze mois d’administration provisoire, sous la houlette de l’Inspecteur général de l'éducation et de la recherche Fabien Oppermann, nommé en février 2023. L'agent ministériel, qui cède aujourd'hui son fauteuil à un directeur permanent, Julien Donadille, fait le bilan des actions menées et esquisse l’avenir de cette bibliothèque gérée par la Chancellerie des universités de Paris.

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Par Fanny Guyomard
Créé le 03.05.2024 à 09h59 ,
Mis à jour le 06.05.2024 à 16h46

Livres Hebdo : En février 2023, vous étiez nommé administrateur provisoire de la bibliothèque Jacques-Doucet en crise. Aujourd’hui, cette période de transition s’achève : l’institution est-elle remise sur les rails ?

Fabien Oppermann : Il y a un an, il n’y avait plus d’équipe. Il a fallu réfléchir à des actions à court-terme (rouvrir la bibliothèque, lancer le chantier de récolement des collections, mettre en place de nouvelles procédures) mais cela a aussi été l’occasion de lancer les premiers jets d’un projet scientifique et culturel que l’équipe doit maintenant rédiger. La bibliothèque a rouvert sur les mêmes horaires qu’auparavant, et nous augmentons ces plages et l’ouverture l’été et à Noël, grâce à une réorganisation du travail des agents. Il assurent désormais pour leur quasi-totalité le travail de service en salle, pour être à la disposition des chercheurs. Le directeur adjoint Julien Donadille devient directeur, et deux recrutements sont en cours pour arriver à une équipe complète de neuf personnes cet été. L’équipe a été entièrement renouvelée ; c’était la préconisation de l’inspection générale dans son rapport remis en février au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il fallait faire renaître la bibliothèque sur de nouvelles bases.

Des signes de renaissance…?

Les lecteurs sont revenus — on en a accueilli 200 sur six mois, ce qui est un peu plus qu’auparavant. Et nous avons reçu de nouveaux dons, comme les carnets de cours qu'Henri Bergson donnait au Collège de France, et près de 140 lettres d'Elisa Breton à son mari André Breton. Nous avons ainsi accepté cinq dons, mais avec prudence, seulement s’ils complètent parfaitement nos collections. Ce sont en tout cas des signes de confiance de la part des donateurs et ayant-droits.

« Il faut déménager, et rassembler les collections dispersées sur cinq sites en un seul endroit »

La bibliothèque avait fermé en octobre 2022 suite à une affaire de trafic de livres ayant mené au suicide de la directrice adjointe - qui bénéficie de la présomption d'innocence -, le procès de sa mère se tiendra en février 2025. Comment assurer la sécurité des collections ?

Nous avons notamment cloisonné les espaces de conservation du patrimoine, qui n’étaient auparavant pas dissociés des bureaux. Avant, il était possible de travailler sur le bureau de Bergson ! Les instructions des donateurs seront suivies au plus près, là où auparavant le système était simplifié. Et nous avons fait installer un système de sécurité incendie !

L’inventaire est-il terminé ? 

La priorité n’est pas tant l’inventaire - qui n'est pas terminé - que le récolement des collections, c'est-à-dire la vérification de l’adéquation entre l'inventaire et ce qui se trouve effectivement sur les étagères. Ce chantier a commencé cet été, et des moyens supplémentaires seront donnés courant 2024 et probablement en 2025 pour le poursuivre.

Le déménagement dans un nouvel établissement est-il toujours d’actualité ?

L’idée suit son cours, nous avons une idée plus précise du lieu. Si on veut vraiment une bibliothèque moderne, il faut déménager, et rassembler les collections dispersées sur cinq sites en un seul endroit. Les soutiens institutionnels sont présents, côté Chancellerie et côté universitaire. Ce projet aura un coût et ne devrait être effectif que dans plusieurs années.

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