Disparition

Mort du présentateur et écrivain Bernard Pivot

Bernard Pivot, président de l'académie Goncourt. - Photo O. Dion

Mort du présentateur et écrivain Bernard Pivot

Le présentateur historique d'Apostrophes et auteur d'une dizaine d'ouvrages est décédé à l'âge de 89 ans. 

Par Léon Cattan
avec AFP Créé le 06.05.2024 à 15h27 ,
Mis à jour le 07.05.2024 à 11h07

Il avait fait lire des millions de Français grâce à son émission Apostrophes sur Antenne 2, et par la suite, dans l'émission Bouillon de culture. Le présentateur et écrivain Bernard Pivot est mort lundi à Neuilly-sur-Seine à l'âge de 89 ans, a annoncé sa fille Cécile Pivot à l'AFP.

Un livre à la main, sa paire de lunettes dans l'autre, Bernard Pivot a fait de la défense de la langue française la clef de voûte de sa carrière. Il contribuait, depuis 1985, à l'organisation des Dicos d'or, championnat d'orthographe vite devenu international, ainsi qu'à celles de dictées géantes. En 2002, il avait été coopté par le jury du prix Interallié avant d'être élu à l'Académie Goncourt en 2004. De 2014 à 2019, il présida également l'Académie Goncourt avant de devenir membre d'honneur à l'issue de son mandat et officia en tant que critique littéraire au Journal du dimanche pendant 30 ans. 

À ces activités s'est ajoutée une carrière d'écrivain, avec un premier roman paru en 1959, L'Amour en vogue, édité chez Calmann-Lévy. Son dernier livre, Amis, chers amis, paru aux éditions Allary en 2022, est un éloge de l'amitié.  

Bernard Pivot et Apostrophes, moments d'anthologie

Apostrophes, que Bernard Pivot anima 724 fois sur Antenne 2 de 1975 à 1990, connut de nombreux moments d'anthologie ainsi que de belles polémiques. Des débats surprenants ou houleux, il y en eut des dizaines. Lors de l'un des plus marquants, en 1990, la romancière québecoise Denise Bombardier s'opposait à Gabriel Matzneff, dont les écrits font l'apologie des relations sexuelles avec les enfants et adolescents. « S'il y a un véritable professeur d'éducation sexuelle, c'est quand même Gabriel Matzneff, il donne volontiers des cours », lançait Bernard Pivot, badin, en présentant l'auteur qu'il qualifie aussi de « collectionneur de minettes ».

« Moi, M. Matzneff me semble pitoyable », répondait Denise Bombardier, seule sur le plateau à s'inquiéter pour les conquêtes mineures de l'écrivain et jugeant qu'il aurait eu « des comptes à rendre à la justice » s'il n'avait pas « une aura littéraire ». « Il y a des limites même à la littérature », déclarait-elle encore. Cette séquence est devenue virale à la sortie fin 2019 du livre Le Consentement de Vanessa Springora (Grasset, 2020), sur ses relations, mineure, avec Gabriel Matzneff, conduisant Bernard Pivot à faire amende honorable sur Twitter : « Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale ; aujourd'hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c'est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d'un pays et, surtout, d'une époque », avait-il écrit à son presque million d'abonnés.

 

 

En 1975, le Russe Vladimir Nabokov était l'invité exceptionnel d'Apostrophes. Bernard Pivot lui demanda à plusieurs reprises : « Encore un peu de thé, M. Nabokov ? » En fait, l'auteur de Lolita avait demandé à ce que, dans la théière, on verse du whisky. Trois ans plus tard, Charles Bukowski buvait trois bouteilles de sancerre avant le début de l'émission et durant son interview. À l'antenne, l'auteur du Journal d'un vieux dégueulasse, complètement saoul, tenait des propos incohérents. Le journaliste et écrivain François Cavanna lui lança : « Ta gueule, Bukowski ! », lequel se pencha vers la romancière Catherine Paysan pour caresser son genou. « Ça, c'est le pompon ! », s'écrit-elle. Bukowski s'agita sur sa chaise. Quelqu'un vint le soutenir pour qu'il puisse quitter le plateau. Les ventes des romans de l'Américain explosèrent.

En 1982, Régis Debray accusa, devant l'Union des écrivains à Montréal, Bernard Pivot d'exercer « une dictature sur le marché des livres. » Réponse de l'animateur : « Je n'admets pas que ce mot épouvantable de dictature qualifie ce qui n'est que le libre choix des téléspectateurs et des amateurs de lecture. Il n'est pas bon qu'un philosophe, intellectuel de gauche et conseiller de l'Élysée, croie que les publics sont des choses molles et facilement influençables. » À cette époque, en proie à la lassitude, Bernard Pivot songeait à arrêter son émission. Mais Pierre Desgraupes, le patron d'Antenne 2, lui dit que s'il arrête, on dira qu'il a cédé au pouvoir, Debray conseillant le président François Mitterrand sur les affaires culturelles. Pivot continua donc pendant encore huit ans.

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