Portrait

Jean-Baptiste Passé, du salon au Festival

Jean-Baptiste Passé. - Photo OLIVIER DION

Jean-Baptiste Passé, du salon au Festival

L'ancien directeur général de La Procure relève le défi d'organiser le nouveau Festival du livre de Paris, redimensionné et repensé comme les rayonnages d'une « librairie d'éditeurs », un lieu dans lequel il se sent bien.

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Par par Pauline Gabinari ,
Créé le 12.04.2022 à 13h00

Sa messagerie vocale est pleine et le rendez-vous, donné tôt dans la matinée, lui a tout juste laissé le temps de déposer son petit dernier, Joseph, à la crèche. Depuis sa prise de fonction le 14 septembre 2021, Jean-Baptiste Passé n'arrête pas. Le directeur du Festival du livre de Paris a accepté de relever ce pari fou : faire sortir de terre un ambitieux festival en sept mois. Un défi qui ne semble pas l'angoisser, lui qui se plaît tout autant à citer les Saints qu'Orelsan - « Quand t'as le désert à traverser, il faut simplement avancer. »

Le 20 janvier, la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (Fill) annonce qu'elle ne participerait pas au festival. Pour elle, les tarifs sont trop élevés et les marges dérisoires pour ses éditeurs. Le mois qui suit n'est pas plus réjouissant pour le directeur. La Fill confirme son absence emmenant dans son sillon de nombreux petits éditeurs qui jugent ce festival trop cher. Face à cette équation apparemment impossible entre diversité et prix, Jean-Baptiste Passé ne s'effraie pas. « Que l'on puisse se poser la question de la bibliodiversité dans le cadre d'une manifestation qui va durer trois jours, c'est ingouvernable mais je crois bien que c'est l'endroit où j'ai envie de vivre. » Car, malgré tous les obstacles, il l'aime son festival. « Je suis persuadé que l'on va réussir une grande fête les 22, 23 et 24 avril », dit-il.

Héritier d'une famille d'agrigulteurs à la frontière de l'Aube et de la Haute-Marne, le quadragenaire a grandi dans les champs avec pour première valeur, celle du travail et de la persévérance. « Chez nous, c'était comme ça. » À 18 ans, il s'installe à Reims, direction la classe préparatoire. Loin des champs, il n'en peaufine pas moins son obstination face à l'adversité et en fait une composante essentielle de son existence. « J'ai toujours su que j'allais beaucoup travailler dans ma vie, que ça allait prendre une grande place dans mon existence. » Son ancien patron à Média Diffusion, Julien Papelier confirme : « À chaque fois que Jean-Baptiste débutait un projet, il nous partageait son objectif puis, faisait tout pour l'atteindre. »

La librairie dans la peau

Après quelques pérégrinations - notamment une surprenante étude sur l'obésité infantile en Angleterre pour un fabricant d'amidon - Jean-Baptiste Passé choisit pour angle d'attaque la lecture. « Je suis obsédé par une quête de sens. La lecture m'a donné la direction dont j'avais besoin », explique ce fervent lecteur de Joseph Kessel pour qui l'aventure fut la réponse. Le 14 septembre 2021, lorsqu'on lui présente les prémices du Festival du livre de Paris, c'est donc une évidence pour lui. « Quand j'ai accepté ce projet un peu dingo, je pense que ça entrait dans cette logique de travail et de sens. Cela m'a permis de traverser toutes les péripéties de l'organisation de cette manifestation. »

Amoureux des lettres, ce père de trois enfants se prédestinait pourtant davantage au métier de libraire qu'à celui d'organisateur d'événements. Pendant six ans, Jean-Baptiste Passé est directeur général à La Procure. Heureux dans des rayons comme derrière un bureau, il confie préférer le mois de décembre « car c'est celui où on faisait le plus de terrain ». Ces années seront pour lui une révélation. Une influence qui se ressent jusque dans l'organisation du festival à venir, souvent comparée à celle des rayonnages d'une librairie. « Une librairie d'éditeurs », corrige l'ancien libraire se targuant de son parcours atypique : « Je crois que le casting du Syndicat national de l'édition (SNE) a été malin car, n'ayant pas les codes de l'événementiel, je ne reproduis pas certaines erreurs qui ont pu être observées les années précédentes. »

La beauté sauvera le monde

Jean-Baptiste Passé crée ainsi un écosystème complètement différent de l'ancien salon. Tandis qu'il s'inspire des grands magasins pour construire un modèle économique axé autour de l'encaissement central et de la gratuité d'entrée, il puise dans son expérience de libraire pour construire une organisation par genre et non par groupes d'édition. Pragmatique tout autant que mystique, il souhaite également faire de ce festival un événement «beau». « D'abord parce que les dernières librairies à succès sont celles qui jouent avec cette dimension esthétique. Ensuite car la beauté sauvera le monde. »

Et gare à ceux qui disent que beau résonne avec pompeux. « Je pense qu'une certaine forme de méritocratie est importante, l'égalitarisme, ça m'énerve », tranche-t-il.

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