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1979 vue par Chiflet

Jean-Loup Chiflet avec Ithier de Roquemaurel (1914-1996), descendant de Louis Hachette et P-DG du groupe Hachette pendant une décennie. - Photo Collection particulière Jean-Loup Chiflet

1979 vue par Chiflet

Grand témoin depuis un demi-siècle des tumultes du monde du livre, l'éditeur Jean-Loup Chiflet a torturé sa mémoire pour reconstituer son année 1979, qui restitue le contexte de la naissance de Livres Hebdo.

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Par Jean-Loup Chiflet
Créé le 12.09.2019 à 22h17

10 janvier

Résultat du « Prix Goncourt de circonstance » que j'ai organisé pendant le réveillon : les nommés sont Le Plon de la rivière Kwaï, Le Père Denoël est une ordure, Apocalyse Dargaud, Les hommes préfèrent Larousse, La fièvre monte à El Payot, et Marabout de souffle.

25 janvier

Massin, qui n'a, a priori, pas de prénom (mais qui s'appelle Robert, NDLR...) est débauché par Hachette-Réalités au grand dam de Gallimard dont il était le directeur artistique. C'est une fantastique prise de guerre pour la maison, car ce type-là est un as du graphisme.

Simon Nora (1921-2006), résistant, haut-fonctionnaire, directeur général du groupe Hachette à partir de 1971.- Photo DR/ARCHIVES LIVRES HEBDO

12 février

Je sympathise avec le directeur d'un nouveau département « Hachette-POL ». Je suis intrigué par son drôle de nom, Paul Otchakovsky-Laurens. Nous décidons de déjeuner au Balzar, cette brasserie dont j'apprécie les plats classiques servis dans ce décor Art Nouveau orné de miroirs, de plantes et de boiseries. Sa proximité avec le Collège de France en fait le lieu privilégié de quelques intellectuels comme Roland Barthes, ce génie du langage que j'admire et l'historien et philosophe François Châtelet qui déjeune là quasi quotidiennement. Le hasard fait qu'aujourd'hui sa table jouxte la nôtre et je trouve qu'il a une belle gueule d'intellectuel, aussi charmeur qu'éminent.

Claude Durand (1938-2015), écrivain, prix Medicis 1979, ancien président de Fayard.- Photo F. PRIVAT/GRASSET/ARCHIVES LIVRES HEBDO

Paul m'explique que son nom russe vient de ses parents et que Laurens, son nom français d'origine provençale, tient au fait qu'il a été adopté après la mort de son père en 1946. Il aurait aussi appris qu'il était juif en sortant d'une représentation de Nuit et brouillard. Cerise sur le gâteau, il est l'éditeur depuis l'année dernière de La vie mode d'emploi de l'immense Perec. Il aurait eu d'ailleurs toutes les peines du monde à convaincre Hachette qui pensait que c'était se moquer du monde que de publier « Je me souviens de ploum-ploum tralala » !

Francis Esmenard, président d'Albin Michel, à Francfort en 1979.- Photo DR/ARCHIVES LIVRES HEBDO

Il m'encourage à rencontrer un certain Bernard Fixot, ancien représentant chez Gallimard dont on annonce l'arrivée chez nous comme directeur commercial d'Hachette Livre. Il m'explique que ce type « génial » a été la bonne fée qui lui a appris en une soirée à calculer un point mort et à faire un compte d'exploitation. Cela ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd car je me crois éditeur depuis déjà dix ans et m'aperçois que je ne sais toujours pas calculer le prix d'un livre.

Claude Tchou (1923-2010), éditeur de livres rares ou interdits.- Photo DR/ARCHIVES LIVRES HEBDO

25 février

Ça y est, je me suis lancé, je viens de recevoir les exemplaires de mon premier livre, La théière de Chardin. Je devrais plutôt dire non-livre car il s'agit simplement d'un petit ouvrage illustré, avec talent, par Corinne Labasse, dans lequel, avec mon ami Gilbert de Goy, nous nous amusons à détourner des objets culte : la perceuse de Chopin, le beau vélo de Ravel, l'abat-jour d'Albinoni, les trois moustiquaires, le léopard de Vinci... Excusez du peu.

Je ne sais pas si j'entame, du fait même, une carrière d'écrivain, mais toujours est-il que Gilbert et moi, nous nous sommes bien amusés.

18 mars

C'est la foire du livre de Jérusalem. Gérard Worms, notre directeur adjoint, décide de m'accompagner. C'est son premier voyage en Terre Sainte. Nous louons une voiture pour nous rendre au cocktail que le truculent maire de Jérusalem, Teddy Kollek, a organisé dans sa résidence. A l'aide d'un plan, nous nous retrouvons au pied d'un immeuble pourri. Pourtant, c'est bien là : 12, rue Golda-Meir, 6e étage. Gérard Worms ne peut pas croire que le maire habite dans ce qui ressemble au pire des HLM de banlieue. J'arrive difficilement à le convaincre de me suivre et nous débarquons dans un petit appartement avec terrasse où Kollek nous accueille chaleureusement au milieu d'un aréopage d'intellectuels brillants du monde entier que la modestie du lieu n'a pas l'air de gêner. Gérard n'en revient pas.

7 avril

J'ai rendez-vous à la Coupole avec François de l'Epée, héritier et directeur de Larousse, ami de longue date car nous sommes tous deux des enfants adoptifs de la Côte Basque. Je l'écoute d'une oreille plus que distraite car j'aperçois Jean-Paul Sartre en canadienne fourrée malgré la chaleur ambiante, pipe au coin des lèvres, déjeunant avec Simone de Beauvoir et Jean Cau, indifférents à un couple de Japonais qui les mitraille avec leur appareil de photo. Un grand moment.

15 avril

Gérard Worms me demande d'évaluer des fonds d'édition en difficulté pour les remettre à flot et les intégrer éventuellement au groupe.

Les Imageries Pellerin d'abord, à Epinal, où je vais me plonger dans les caves de ce lieu chargé d'histoire depuis sa création en 1796. C'est une véritable caverne d'Ali Baba où je me promène avec un plaisir immense entre les milliers d'images qui me rappellent ma petite enfance, les bois gravés et les lourdes pierres lithographiques et malgré mes rapports aussi favorables que subjectifs, je pense que la direction ne donnera hélas pas suite.

Autre mission, toute aussi passionnante, rue Saint-Georges à Paris, dans d'autres caves pleines elles aussi de trésors : les archives de la revue L'Illustration, cet hebdomadaire publié dès 1843. Entre les mains de la famille Baschet depuis 1950, ce magazine imprimé en héliogravure puis en offset est considéré à l'époque comme le premier magazine français.

Inutile de préciser que je suis, là encore, fasciné par ces dizaines de milliers de photos qui racontent l'histoire du monde, et je vais tout faire pour convaincre Hachette d'élaborer une collection de livres à partir de ces archives avec des thèmes assez divers : la croisière jaune Citroën, la révolution russe, les Inventions extraordinaires, etc.

Troisième et dernière destination pour essayer encore une fois de sauver un éditeur en péril, Forcalquier, où s'est installé cet homme aussi original que brillant, Robert Morel qui essaie de lancer un programme d'édition ambitieux mais qui est en pleine difficulté.

Deux collections fondent sa renommée : « Célébrations », livres carrés très esthétiques, et « O », dont les pages rondes sont retenues par un anneau. Une fois encore je ne suis pas sûr que, malgré mes efforts pour sauver de la faillite cet homme tellement sympathique, je serai suivi par mes supérieurs.

25 mai

Simon Nora, directeur général me confie une mission passionnante. J'ai une profonde admiration pour ce grand serviteur de l'Etat d'une gentillesse extrême. Le fait qu'il me fasse confiance me touche. Il s'agit d'aller au plus vite à New York pour rencontrer Félix Rohatyn, célèbre financier de la banque Lazard et cousin de Simon Nora, qui après avoir sauvé New York de la faillite est mandaté pour vendre Bantam, un des plus importants groupes d'édition américain.

Je prends pour la première fois le Concorde où je suis, comme il se doit, choyé par de charmantes hôtesses, mais pas autant que mon voisin dont la tête me dit quelque chose. Il s'agit en fait de Mick Jagger.

A New York, j'appréhende ce rendez-vous, me demandant si je serai à la hauteur (c'est le cas de le dire, car il a lieu au dernier étage du Rockefeller Center). Quoique confiant dans mes capacités à discuter d'éventuelles synergies éditoriales entre les deux groupes, je panique à l'idée de parler chiffres car je n'ai jamais su faire la différence entre la TVA et le chiffre d'affaires ! Je décide alors de me munir d'un petit magnétophone discret acheté sur la 5e Avenue pour enregistrer la partie financière de la discussion. Félix Rohatyn parle parfaitement français et, comme prévu, nous nous comprenons très bien pour ce qui concerne la partie « lettres », mais je ne peux que faire semblant d'assimiler la partie « chiffres ». Mon interlocuteur ne se doute de rien, et de retour au Waldorf, je décrypte l'enregistrement puis le faxe à un complice bienveillant chez Hachette à Paris.

J'en profite pour poursuivre mon périple américain vers Atlanta où se tient comme chaque année dans une ville différente des Etats-Unis, un impressionnant rassemblement de libraires américains : l'ABA (American booksellers association), l'occasion pour le petit « frenchie » que je suis d'observer le marché américain, en vue d'éventuels achats de droits. Je reconnais le grand éditeur Jean-Jacques Nathan qui se promène sur les stands avec un petit magnétophone pour enregistrer ce qui lui semble être intéressant pour le marché français. Comme il ne sait pas qui je suis, je lui emboîte le pas en tendant une oreille aussi discrète qu'indiscrète.

10 juin

Cocktail France-Loisirs à la Maison de l'Amérique latine, boulevard Saint-Germain. Je suis émoustillé car je suis invité pour la première fois à ce qu'il convient d'appeler le rendez-vous incontournable du gratin de la germanopratie éditoriale. Une fois dans la place, il s'agit de tirer profit au maximum des opportunités de rencontres. C'est un sport qui tient du slalom et du trapèze volant, l'objectif étant ce soir de me faire présenter à Claude Durand par Francis Esmenard, qui depuis une foire de Francfort mémorable où nous avions bien ri, me fait bénéficier de ses bonnes grâces. Sachant que ce dernier est un joyeux conteur, je lui fais raconter pour la nième fois, comment son grand-père Albin Michel n'avait pas digéré en 1919 que son poulain Roland Dorgelès ait raté le Goncourt attribué à Marcel Proust. Il avait alors fait imprimer un bandeau sur les exemplaires des Croix de bois où l'on pouvait lire « Prix Goncourt » et en tout petit « Quatre voix contre six ».

Pour ne pas être en reste, Claude Durand, d'habitude peu disert mais sans doute dopé par quelques schnaps offerts par le club franco-allemand, nous raconte comment en 1973, l'avocat d'un certain Soljenitsyne, lui avait proposé à Francfort un manuscrit intitulé L'archipel du Goulag et comment une fois rentré chez lui, il avait cherché en vain sur un atlas où se situait ce fameux archipel...

4 septembre

Sortie d'un nouvel hebdomadaire professionnel, Livres Hebdo, qui remplace le Bulletin du livre. Je suis plutôt séduit par ce premier numéro très prometteur. On va enfin savoir ce qui se passe vraiment dans le monde de la librairie et de l'édition. Il était temps !

8 octobre

Ce n'est plus un scoop, je suis l'homme à tout faire du groupe Hachette dès qu'il s'agit « d'opérations extérieures ». Cela signifie que je dois commencer d'importantes négociations de fusion ou d'acquisition à l'étranger et y participer, mais aussi plus prosaïquement veiller au confort des instances dirigeantes dès qu'elles franchissent les frontières de l'Hexagone. Et cette fois-ci, à la Foire de Francfort, ma brillante carrière a bien failli prendre fin pour une sombre histoire de... slip.

Notre bien-aimé président, Ithier de Roquemaurel décide à la surprise générale de se rendre en personne à Francfort pour inspecter ses troupes et les recevoir lors d'un grand dîner. C'est un événement considérable car c'est la première fois qu'il se déplace pour cette manifestation.

Résultat, tout le monde veut en être et l'effectif des responsables du groupe généralement présents à ce salon passe de cent (ce qui était déjà considérable) à environ deux cents ! C'est évidemment votre serviteur qui est chargé en catastrophe d'organiser le gîte de ces nouveaux adeptes de la saucisse. Un vrai casse-tête, le plus difficile étant surtout de veiller à ce que le président, accompagné de son épouse la marquise de Roquemaurel, soit logé dans la plus belle suite de l'hôtel Intercontinental avec vue imprenable sur le Main.

Le grand jour arrive, Herr Schmidt, le sympathique directeur de l'hôtel et moi, attendons le président le doigt sur la couture du pantalon. Nous inspectons une dernière fois la chambre, elle est prête, les glaïeuls et le champagne aussi, mais je m'aperçois au dernier moment que j'ai oublié de mentionner qu'une suite nuptiale avec grand lit pour un couple présidentiel est inenvisageable et qu'il faut impérativement deux lits séparés si l'on en croit le secrétaire du président.

Au bord du malaise, je sens que je vais être fusillé sévèrement. Que faire ? Le président sera là dans cinq minutes... Apercevant un cadre supérieur du groupe (dont je tairai le nom) qui sort de la chambre voisine, je décide de tenter le tout pour le tout, lui explique la situation en constatant qu'il y a deux lits dans sa chambre plus petite mais confortable et lui propose de l'échanger avec la suite nuptiale (ça ne se refuse pas).

Je l'aide à vider ses tiroirs et j'ai à peine le temps de transférer le champagne et les glaïeuls, que le président et Madame apparaissent au bout du couloir, suivis par une horde de courtisans. En tremblant, je fais visiter la chambre à la charmante marquise qui semble ravie (heureuse femme !). Mais en ouvrant la porte de la salle de bains, je découvre un slip et une paire de chaussettes mouillées qui sèchent au-dessus de la baignoire. Je vais mourir ! Dans un dernier réflexe de survie, je les glisse dans ma poche. Ni vu, ni connu.

Une heure après, pendant le dîner présidentiel, je bois outrageusement pour oublier, jusqu'au moment où, sentant un corps étranger dans ma poche de veste, je pose sur la table, devant un Jean-Claude Fasquelle et un Christian de Bartillat abasourdis, un slip et des chaussettes mouillées. Je quitte la table en titubant.

15 octobre

Non content d'être l'ambassadeur itinérant de la prestigieuse librairie Hachette, je me dois de bien recevoir les visiteurs non moins prestigieux qui nous font l'honneur de passer par Paris, comme c'est le cas cette année à l'issue de la Foire de Francfort. Je choisis bien sûr de les initier à la vie germanopratine dont les Japonais et les Américains sont particulièrement demandeurs. J'ai un « numéro » très au point pour leur donner les codes nécessaires pour pénétrer dans les trois lieux majeurs du triangle d'or.

A tout seigneur tout honneur : le Café de Flore qui devrait son nom à la sculpture d'une divinité des fleurs et jardins qui se dressait de l'autre côté du boulevard Saint Germain. La meilleure heure ? Celle du petit-déjeuner à condition de lever le camp impérativement avant 9 heures car si vous vous attardez cela veut dire que vous n'êtes pas occupé, et si on n'est pas occupé, on n'est pas important. On y est en très bonne compagnie car ils sont tous là, les patrons de Gallimard, de Grasset ou de Stock, les critiques littéraires et les romanciers en promotion. Si vous pouvez en outre saluer par leur prénom les magnifiques serveurs avec leur belle livrée noire et blanche que Sartre décrivait dans L'Etre et le Néant comme « des garçons de café qui se prennent pour des garçons de café », vous serez le phénix des hôtes de ces lieux.

Le « must » est de parvenir à s'installer à l'étage où grignotent les vrais people comme Sonia Rykiel qui a donné son nom à un sandwich club dont la carte indique qu'il s'agit d'un « sandwich tout nu sans pain ni mayonnaise ». Autre spécialité de la maison le « Welsh rarebit » servi depuis 1925 ; je n'ai jamais élucidé le mystère de l'arrivée sur la table du Flore de ce plat gallois écœurant fait à base de cheddar fondu servi sur une tranche de pain grillé et passé au four.

A l'heure du déjeuner, il suffit de traverser le boulevard pour rentrer à la brasserie Lipp qui, peut-être davantage que le Flore, est le fantasme par excellence. Règle absolue, les VIP et les habitués sont impérativement installés dans la salle du bas, « le paradis », tandis que les touristes et les inconnus sont recalés à l'étage, « l'enfer ».

C'est à l'heure du goûter qu'il faut à nouveau traverser le boulevard et rejoindre les Deux Magots qui tiennent leur nom de deux statues asiatiques installées sur le pilier central du café et qui représentent des personnages obèses et grimaçants. Pourquoi goûter à la terrasse de cette brasserie ? Parce que ses pâtisseries dont la célèbre tarte Tatin sont à mourir. Le problème des Deux Magots, c'est qu'en dépit d'une riche histoire littéraire fièrement revendiquée sur les cartes ou menus où apparaissent les noms de Malraux, Saint-Exupéry ou Picasso, on a l'impression d'un second choix, sans doute parce qu'il est plutôt fréquenté par des « provinciaux » intimidés par le Flore.

20 octobre

Guy Schoeller vient de lancer une nouvelle collection chez Laffont, « Bouquins », qui me paraît très originale. J'ai eu la chance de fréquenter cet homme drôle, brillant, cultivé et toujours cravaté de soie, lorsqu'il était président du magazine Femmes d'aujourd'hui dont je vendais les droits à l'étranger avant qu'il ne devienne éditeur chez Robert Laffont.

Guy raconte à qui veut l'entendre comment au hasard d'une librairie londonienne Foyles à Charing Cross, il découvre deux volumes brochés, très souples et imprimés sur un papier fin. Fasciné par ce qui lui paraît être un nouveau procédé d'impression et de reliure révolutionnaire, il se précipite chez l'imprimeur Hazell Watson and Winey dans la petite ville d'Aylesbury près de Londres et achète le brevet. L'histoire nous dira s'il a fait le bon choix mais le premier volume de cette collection, L'Histoire de la musique de Lucien Rebatet, me paraît séduisant, mais je découvre étonné que cet auteur que je ne croyais que sulfureux, est aussi un grand critique musical. Comme quoi la musique n'adoucit pas toujours les mœurs...

19 novembre

Antonine Maillet, une étonnante Québécoise que j'ai eu l'occasion de rencontrer à Montréal chez mon ami Alain Stanké, obtient le Goncourt avec Pélagie la Charrette, la vie d'une veuve qui en 1755, retenue esclave en Georgie, décide de revenir en Acadie avec ses enfants. Une belle histoire que je viens de lire, écrite dans un français violent et coloré mâtiné d'acadien.

C'est un événement puisque c'est le premier prix Goncourt attribué à un écrivain non européen ; l'occasion de fêter ça chez Grasset où Yves Berger et Françoise Verny en profitent tard dans la nuit pour nous entraîner au Twickenham, ce bar chaleureux à l'angle de la rue des Saints-Pères et de la rue de Grenelle, considéré comme l'annexe de Grasset avec en prime une incursion en terre ennemie au bar du Pont Royal, chasse pourtant jalousement gardée de Gallimard.

A noter que Jean-Marc Roberts, un jeune éditeur du Seuil à qui on prédit un bel avenir, reçoit le prix Renaudot pour Affaires étrangères.

4 décembre

Déjeuner à la Foux, rue Clément dans le quartier Mabillon avec Claude Tchou, encore un éditeur mythique qui veut m'interroger sur la vente éventuelle des droits étrangers de son best-seller Le Tour de France par Camille et Paul d'Anne Pons. Il me présente au maître des lieux, le corpulent Alex et en profite pour m'apprendre l'essentiel : ne jamais choisir un poisson le lundi même dans un grand restaurant car il ne sera sûrement pas frais !

Moins anecdotique, il m'informe que les éditions Sand-Mengès vont reprendre sa maison d'édition. 

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