L’enfance, l’amour, le voyage

L’auteur et son sujet : Judith Perrignon et Victor Hugo. - Photo Olivier Dion

L’enfance, l’amour, le voyage

Moins nombreux qu’en 2014, les premiers romans de cette rentrée littéraire se font les témoins touchants de préoccupations universelles : le voyage, initiatique ou périlleux, les souvenirs les plus douloureux de l’enfance et l’amour sous toutes ses formes.

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Par Agathe Auproux
avec Créé le 26.06.2015 à 02h04

Soixante-huit premiers romans sont attendus en août, septembre et octobre, contre soixante-quinze lors de la précédente rentrée littéraire. Une baisse globale de 9 % qui résulte de choix de nombreuses maisons d’édition. Alors qu’en 2014 Gallimard ou P.O.L publiaient jusqu’à quatre premiers romans chacun, les éditeurs qui continuent à la rentrée 2015 d’investir sur les primo-romanciers n’en publient qu’un ou deux au maximum. Et on est loin de la parité : la cuvée 2015 compte 39 hommes pour 29 femmes.

L’auteur et son sujetRomain Puértolas et Napoléon.- Photo OLIVIER DION

Parmi les impétrants, certains sont issus du monde du cinéma tels Antoine de Meaux, Xavier Durringer ou Alice Moine, quand d’autres baignaient déjà dans l’univers du livre comme Jean-Pierre Montal, cofondateur des éditions Rue Fromentin, Nathalie Poitout, qui va cet été prendre en charge Folio et "La noire" chez Gallimard, ou Delphine Roux, formatrice et animatrice d’ateliers d’écriture dans l’enseignement supérieur. Les journalistes (Christophe Boltanski à L’Obs, Laurent Carpentier au Monde, ou encore Emily Barnett aux Inrockuptibles) sont également bien représentés chez les primo-romanciers qui couvrent plusieurs générations, de la plus jeune, Naomi Fontaine, 23 ans, au doyen, Michel Longuet, 70 ans.

Périples

Cette année, les primo-romanciers aiment décrire périples et traversées spectaculaires. Dans L’empire en héritage (Allary), Serge Hayat entraîne son lecteur aux côtés du jeune Aiglon, 16 ans, parti affronter son destin dans une expédition initiatique imaginaire, de sa prison dorée à Vienne à la dernière résidence de son père, à Sainte-Hélène, en passant par Paris. Pierre Deram, dans Djibouti (Buchet-Chastel), se livre à une exploration des bas-fonds de ce pays d’Afrique, qui révèle toute sa violence et sa beauté. Violence et beauté que l’on retrouve chez Pascal Manoukian, dans Les échoués (Don Quichotte), qui invite à suivre le parcours de trois clandestins, moldave, bangladais et somalien, jusqu’à leur arrivée en France en 1992. Exode qui habite également l’ouvrage de Zadig Hamroune, Le pain de l’exil (La Table ronde), à travers l’histoire de deux Algériens contraints de quitter la Kabylie, terre de leurs ancêtres, en raison de conflits politiques.

Souvenirs

Plusieurs auteurs prennent le parti d’un autre type de voyage, celui qui fait voguer l’âme au gré des souvenirs. Catherine Dousteyssier-Khoze, dans La logique de l’amanite (Grasset), met en scène Nikonor, un snob quasi centenaire qui retourne dans la propriété de son enfance en Lozère, où il se livre à des réflexions inquiétantes sur l’histoire de sa famille. Dans L’envers du feu (Albin Michel), Anne Dufourmantelle situe son héros américain d’origine russe dans une quête de son passé, qui le conduit dans le cabinet d’une psychanalyste parisienne, laquelle l’aide à retrouver son enfance oubliée. Le premier roman d’Eric le Guilloux, Les haines en moins, chez Daphnis et Chloé, raconte le dépérissement d’un homme trentenaire, atteint d’une maladie orpheline, qui essaie d’échapper à ses souffrances en se plongeant dans ses souvenirs d’enfance. Frédéric Vion délivre sur ce thème un premier roman autobiographique, Comment j’ai tué mon père (Flammarion) dans lequel il relate son quotidien d’enfant auprès d’un père violent et amateur d’armes à feu.

Passions

Brûlant, tragique ou salvateur ? L’amour peut être narré de bien des manières. Dans La Vénus aux kakis (Serge Safran) d’Anna Druesne, il est mis au service de l’histoire d’Emma Berger, prisonnière d’une relation de couple malsaine, qui redevient femme lorsqu’elle rencontre Charles Mayer dans une librairie. Pour Patrick Garinot, dans Marie l’estamaïre (Le Mot passant), l’amour est aveugle et va causer la perte de son héroïne qui a tout abandonné pour suivre un étameur rencontré dans son village natal de Haute-Auvergne. Chez Albena Dimitrova, dans Nous dînerons en français (Galaade), l’amour est aussi inattendu qu’interdit : il naît à l’hôpital, dans la Bulgarie de la fin des années 1980, entre la jeune Alba, 16 ans, atteinte d’une paralysie qui éveille la curiosité des experts, et Guéo, 55 ans, ancien du KGB, qui travaille sur un rapport qui sauvera le système et l’idéologie communistes. Barthélemy Théobald-Brosseau, dans Le regard de Gordon Brown (Joëlle Losfeld), oppose fascination et amour, à travers la relation de deux jeunes gens qui décline au fur et à mesure que l’homme contemple une tapisserie. A. A.

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