Patrice Fehlmann : "Sans librairies, pas de distributeur"

"Nous rétrocédons nos gains de productivité, et nous réduisons aussi nos marges : mon statut d’indépendant me permet d’envisager le résultat de l’entreprise autrement que dans un grand groupe." Patrice Fehlmann - Photo Hervé Hugueny/LH

Patrice Fehlmann : "Sans librairies, pas de distributeur"

L’OLF, présidé par Patrice Fehlmann, distribue les trois premiers groupes français : Hachette Livre, Editis et Madrigall.

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Par Hervé Hugueny
avec Créé le 08.05.2014 à 19h32 ,
Mis à jour le 23.04.2015 à 10h06

Je ne suis qu’un humble distributeur qui n’a rien à dire", prévient Patrice Fehlmann, président de l’Office du livre de Fribourg (OLF), plus adepte de l’autodérision que de la fausse modestie. Son entreprise, qu’il a rachetée au groupe Hachette en 2012 à un âge où d’autres penseraient à leur retraite, expédie une dizaine de millions de volumes par an dans les librairies de Suisse romande, pour l’essentiel, représentant un total de facturation éditeurs d’environ 80 millions de francs suisses (66 millions d’euros). Distributeur d’Editis, Madrigall (Gallimard et Flammarion) et des livres en anglais, l’OLF a aussi repris l’an dernier la logistique de Diffulivre, le diffuseur-distributeur d’Hachette dans la Confédération helvétique. Seuls Médias-Participations et La Martinière disposent encore de leur propre distribution en Suisse. Le prochain chantier sera le regroupement des stocks et des salariés de Diffulivre à Fribourg, où les effectifs atteindront 150 personnes.

Au cœur de la logistique du livre en Suisse romande, l’OLF gère aussi les rayons librairie des supermarchés Coop, de la poste et des maisons de la presse Naville, soit 500 à 600 points de vente. Il vient de remporter l’appel d’offres des hypermarchés Migros, ce qui ajoute une centaine de rayons livres en gestion. "Il s’agit d’une offre complémentaire de celle de la librairie, qui répond à de l’achat d’impulsion, et il est possible d’y diffuser des titres qui ne trouveraient pas forcément leur place ailleurs", assure-t-il.

Côté librairies indépendantes, il a donné une preuve tangible de la volonté de défendre leur présence, en réduisant les frais de port de 1,1 % depuis le 1er janvier dernier. "Nous rétrocédons nos gains de productivité, et nous réduisons aussi nos marges : mon statut d’indépendant me permet d’envisager le résultat de l’entreprise autrement que dans un grand groupe", considère-t-il, ajoutant qu’il y va de toute façon de son intérêt : "sans librairie, il n’y aurait pas de distributeur".

Gain de productivité

Avec Payot, l’OLF a aussi organisé un regroupement de commandes de tous les éditeurs, y compris ceux qui sont chez ses rares concurrents, à la manière de la Clil mais en allant plus loin dans le service : les livres sont triés dans des caisses étiquetées par rayonnages des librairies où elles sont livrées. Le prix du service (non détaillé) est compensé par un meilleur taux de remise côté éditeurs, qui reçoivent une commande groupée de Payot, et par un gain de productivité dans le réseau : "Ce système s’applique à 90 % de nos flux, il nous a permis de gagner environ huit postes affectés ailleurs dans l’entreprise", explique Pascal Vandenberghe, DG de Payot.

Patrice Fehlmann a tenté de convaincre les indépendants de se regrouper et de s’organiser de la même manière, sans succès. Sa plateforme de vente de livres numériques fonctionne en revanche aussi avec les librairies… presque sans intervention : le client peut affecter son achat à celle qu’il souhaite. Le chiffre d’affaires devient important, à 3 millions de francs suisses (2,5 millions d’euros) l’an dernier, surtout en allemand et en anglais. En français, les tarifs des ebooks restent en effet fermement dissuasifs.

08.05 2014

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