22 octobre > Essai France

C’est un homme qui n’a pas existé. Un parmi des millions d’autres. De Horst Rosenthal on ne sait presque rien, si ce n’est qu’un jour, le 11 septembre 1942, à Auschwitz, il a disparu. Tout est dans le "presque". Né à Breslau (Wroclaw) en Pologne en 1915, il laissait tout de même derrière lui trois carnets de croquis, composés lors de son séjour au camp d’internement de Gurs (Pyrénées-Atlantiques), où éclate toute l’étendue d’un talent graphique composé d’humour, d’humanité et d’une fine mélancolie. Ces carnets, Mickey à Gurs (où il se peint sous les traits de la souris de Walt Disney, personnalisation animalière que reprendra, un demi-siècle plus tard, Art Spiegelman pour son Maus), La journée d’un hébergé et Petit Guide à travers le camp de Gurs, sont autant de témoignages sur la vie d’un réfugié et interné (Rosenthal sera interné une première fois en 1940 du fait de sa germanité, puis livré aux nazis deux ans plus tard, parce que Juif…) en même temps qu’ils dessinent le portrait chinois d’un artiste qui va vers sa nuit comme on s’apprête à partir en promenade…

Pour les besoins du volume regroupant ces trois carnets, Joël Kotek, historien de la Shoah, et Didier Pasamonik (les amoureux de BD se souviennent combien sa maison d’édition Magic Strip fut essentielle au tournant des années 1980) ont mené l’enquête sur Horst Rosenthal. Leur recherche s’avère aussi infructueuse (on ne connaîtra jamais ses traits, ni vraiment le destin des siens, restés en Pologne, si ce n’est qu’il fut aussi tragique) que passionnante. Encore une fois, c’est un monde enfoui, assassiné, qu’ils exhument. Un monde qui ne nous aura légué que quelques dessins et, au cœur de la barbarie, le palimpseste d’un sourire. O. M.

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