Allez, je m’y remets, et cette fois, c’est vrai ! Je n’ai plus l’excuse d’avoir un roman à finir, ni celle d’être fatigué parce que j’ai fini un roman. Et puis en outre j’ai envie de de m’essprimer, moi aussi. Comme tout un chacun. Je reprends donc le journal d’une vie d’écrivain. Mardi : déjeuner près du quai Panhard-et-Levassor. J’avais reçu quelques jours plus tôt un Britannicus dans la collection GF, pour lequel j’avais donné un entretien en guise d’introduction ; le principe de la série était de faire s’essprimer un auteur contemporain sur une œuvre classique. Et j’avais eu un coup au cœur en  découvert mon cher grand Racine affublé d’une étiquette rouge 2, 90 €, petit prix, et mon entretien rebaptisé interview ( interview  ! chez Racine !). Aussitôt, j’avais écrit à Mme Hélène Fiamma, responsable de cette série, un courriel hhhîndîgné. D’autant plus que la bibliographie comportait un « Barnett, Richard L., Le conflit du non-conflit, égocentrisme et disjonction mutlilatérale dans Britannicus », et autres atrocités pédantesques de cette sorte, mais pas le magnifique essai de Thierry Maulnier ! Eh bien, c’est ainsi qu’on gagne un agréable déjeuner au soleil, et qu’on rencontre quelqu’un avec qui on s’aperçoit qu’on est d’accord sur bien des choses essentielles. En substance, Hélène Fiamma m’explique que ça ne l’amuse pas plus que moi, la pastille rouge et la mention interview , mais qu’avec ça elle vend plein de petits Racine, et que GF peut se permettre aussi d’éditer des œuvres qui « sortent » à moins de mille exemplaires par an. Que voulez-vous répondre à ça ? Rien. Magnanime, j’ai donc pardonné. En me disant néanmoins qu’il me souvient d’un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître) où n’importe quel lycéen pouvait s’offrir les grandes œuvres en GF, pour 2,90 francs. Et sans pastille rouge. Jeudi : Rimbaud. Elle m’a touché, cette nouvelle photo d’Arthur Rimbaud, récemment découverte et identifiée au cœur d’un vieil album acheté dans une brocante. Je n’ai cessé de penser que sa publication coïncide avec l’ostension à Turin de la Sindone , le fameux « Saint Suaire ». Quel rapport ? Le rapport, c’est qu’il s’agit de photographies (faites à la même époque). On sait que c’est un photographe de la fin du XIX° siècle qui, en prenant un cliché de l’objet, vit paraître sur son négatif (mais en positif) l’étonnant visage qui s’y trouve imprimé. Je ne sais si ce visage est celui de Jésus ; ce que je sais est qu’il est inoubliable. Pareillement, celui de ce type (qui serait donc Rimbaud), sur cette terrasse d’hôtel, au milieu d’un groupe de sept personnes. Bizarrement, et sans remettre en cause l’expertise qui a conduit à identifier Rimbaud, je ne trouve pas, moi, qu’il ressemble aux autres portraits du poète qui nous sont parvenus. Mais ça n’a aucune importance. L’essentiel, c’est que ce type est beau. Il est vraiment beau. Il a une belle gueule d’homme, une expression profonde et douce. Exactement comme l’homme du mystérieux suaire. Une de ces gueules qui donnent envie de prendre un verre, de causer au hasard. Une gueule qui me rappelle un texte de Ferré : «  Les gens, il conviendrait de ne les connaître qui disponibles, à certaines heures pâles de la nuit. Avec des problèmes d’homme, simplement. Des problèmes de mélancolie…  » Dimanche : merci à la personne qui signe Caroline D. sur ce blog, et qui, en m’indiquant qu’une de mes chroniques de l’Huma l’avait fait rire, m’a donné envie d’y revenir. La même, précédemment, m’avait taxé de misogynie pour avoir parlé de « crêpage de chignons » entre Marie Darrieussecq et Camille Laurens. Et non pas d’un débat ou d’une polémique, comme j’aurais sans doute fait s’il s’était agi de deux hommes. Mea culpa ! Je ne peux guère prouver l’inverse. Mais je me soigne, et puis, par les temps qui courent, les propos incorrects ont l’attrait du fruit défendu.
15.10 2013

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