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Economica, la carte de l'export

"Nous avions publié la thèse de doctorat de Piketty en 1994. Elle était aux oubliettes, elle est maintenant un peu demandée."Jean Pavlevski, Economica - Photo Olivier Dion

Economica, la carte de l'export

Fondées en 1971 par Jean Pavlevski, qui les dirige toujours, les éditions Economica ont célébré l’an dernier leur cinquantième anniversaire. Renommées pour l’excellence de leurs parutions, elles exportent dans le monde entier, y compris dans des pays non francophones auprès d’une petite population de spécialistes.

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Par Charles Knappek
Créé le 14.09.2022 à 16h26

Aller chercher les experts là où ils sont. Bien connue des étudiants en économie/gestion et droit ainsi que des amateurs d’histoire et de stratégie militaire, la maison fondée par Jean Pavlevski a, aussi, depuis longtemps développé de nombreuses filières à l’export pour un lectorat resserré d’experts. Y compris en direction de pays non-francophones : au global, ceux-ci représentent 20 % de ses exportations, avec une appétence bien particulière pour les ouvrages d’économie de très haut niveau.

Via la collection « Economie et statistiques avancées », publiée en collaboration et sous le label de l’Ecole nationale de l’économie et des statistiques (Ensae), Economica touche, de fait, un public qui dépasse de beaucoup les frontières de la francophonie : 30 à 40 % des tirages en langue française de certains de ses titres se vendent aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Japon ou encore en Allemagne. « Les auteurs français sont mondialement reconnus pour les statistiques, l’économétrie et les mathématiques appliquées à l’économie, explique Jean Pavlevski. La plupart de leurs livres sont traduits en anglais par le MIT dans un délai de deux ans en moyenne, mais comme leurs éléments mathématiques et statistiques sont compréhensibles pour un public expert non francophone, nous en exportons de petites quantités en version française. » Economica ne proposant pas de version numérique de ses ouvrages, les lecteurs n’ont d’autre choix que d’acquérir les volumes papier. A ce titre et pour les mêmes raisons, la collection « CorpusEconomie », dirigée par Hubert Kempf, « s’exporte elle aussi dans le monde entier », ajoute Jean Pavlevski.

"25% de notre CA repose sur les ventes d'Amazon" 

Economica réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ un million d’euros, dont 10 % à l’export. Le ratio, en baisse par rapport aux dernières années, est toutefois trompeur : l’essor du commerce en ligne, et d’Amazon en particulier, a rendu plus difficilement perceptible la part des exportations dans le total de l’activité. « 25 % de notre chiffre d’affaires repose sur les ventes Amazon, rappelle Jean Pavlevski. Une part importante des livres qui transitent par ce biais est achetée par des étrangers, mais il nous est impossible de savoir dans quelle proportion. »

Par les canaux plus traditionnels, l’éditeur reste néanmoins actif auprès d’un réseau resserré d’importateurs. Au Japon par exemple, la chaîne de librairies Kinokuniya est son interlocuteur privilégié. En général, l’éditeur travaille avec un seul partenaire par pays, qui revend ensuite les livres à ses clients (universités, grandes écoles…). Les volumes sont modestes car ils concernent une petite population de spécialistes, mais ils assurent à Economica sa renommée bien au-delà des frontières hexagonales. L’ancien juge de la Cour suprême américaine Stephen Breyer a par exemple longtemps figuré parmi les clients de l’éditeur. Francophile et francophone, le magistrat compte plusieurs livres Economica dans sa bibliothèque.

Bien sûr, la part des pays francophones, et en particulier de la Belgique (25 % des exportations françaises de livres), demeure primordiale. « Sans la Belgique, bon nombre d’éditeurs français feraient faillite ! » souligne Jean Pavleski. Pour ces marchés incontournables, l’éditeur a recours aux services de diffuseurs/distributeurs traditionnels, comme Somabec au Canada.

La filière africaine

S’ils pèsent une petite part des exportations d’Economica, les pays d’Afrique francophone représentent quant à eux, ponctuellement, d’importants débouchés commerciaux. L’armée algérienne, par exemple, achète régulièrement des livres de stratégie militaire. Au début de l’été, l’éditeur escomptait aussi d’une grande université africaine une commande de 3 000 exemplaires de la deuxième édition d’Econométrie - Théorie et applications de l’économiste Valérie Mignon. De manière plus originale, certains Etats africains achètent en quantité importante les ouvrages signés par leurs élites. Alors président du Sénégal, Abdoulaye Wade avait publié en 2007 Les mathématiques de l’analyse économique moderne, titre dont l’Etat sénégalais a acquis des exemplaires pour une valeur totale de 50 000 euros. Plus récemment, 1 000 mots de la maritimité - Les anneaux de l’espérance, du ministre d’Etat Cheik Kanté, paru fin 2021, a lui aussi bénéficié des commandes du Sénégal pour un montant de 30 000 euros. D’autres ouvrages conçus spécialement pour un public africain rencontrent également un certain écho, tel Economie du sport en Afrique, paru en début d’année et qui a jusqu’à présent généré près de 30 000 euros de chiffre d’affaires.

Enfin, sans passer par l’export stricto sensu, plusieurs ouvrages du catalogue empruntent eux aussi le chemin de l’étranger. Le long-seller Anti-insurrection de David Galula, officier et théoricien français de la contre-insurrection longtemps oublié et redécouvert par l’armée américaine au début des années 2000, est aujourd’hui un incontournable des écoles militaires. « Chaque année, environ 350 stagiaires de l’Ecole de guerre, financés par le gouvernement, achètent le livre, dont une centaine d’élèves étrangers, souvent africains, qui l’emportent avec eux », souligne Jean Pavlevski. Depuis sa parution en 2008, Anti-insurrection a dépassé les 13 500 exemplaires vendus selon Gfk.

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