8 janvier > Roman France

A la fin de sa vie, Francisco de Goya a peint une série de gravures, sous le titre Le songe de la raison produit des monstres. C’est à cela, à ce paradoxe terrible, que l’on pense à la lecture du premier roman du journaliste Alexis Brocas (déjà auteur de livres pour la jeunesse).

Ce serait donc l’histoire d’enfances et d’adolescences massacrées chez les heureux du monde. Plus précisément à Saint-Clone, une de ces banlieues, non loin de Paris, qui, à l’aube des années 1980, entre verdure et jolies maisons, commence à se découvrir chic. Les enfants, Aymeric, Benoît ou Flavien, y grandiront dans l’oubli progressif de tout ce qui n’est pas la transmission discrète des valeurs de leur classe. Les mères, Marie-Laure, Anne-Perrine ou Solenne, y prendront de l’âge et des amants pour chasser les ombres de l’ennui. Les pères, François ou Lionel, y feront des affaires (à quelques encablures de là, dans leurs bureaux parisiens) et s’y feront des relations, s’adonnant aux joies du grégarisme social. Il y aura des pensions d’excellente réputation, des prêtres comme échappés d’un roman de la collection "Signe de piste", des bonnes portugaises, des jeux de rôle et quelques frénétiques séances de masturbation.

De cet ordinaire d’une enfance bénie des dieux de la bourgeoisie, Alexis Brocas ramène mieux qu’un récit nostalgique, baigné d’une douce amertume : il nous offre une jolie colère. Que l’on ne s’y trompe pas, en effet, La vie de jardin, compte rendu d’une agonie qui s’ignore et paysage de désastre après la bataille, tend parfois vers le fatalisme noir d’un Fritz Zorn. Là aussi, on y est élevé "à mort"… Pour le reste, pour les verts paradis et ce qui s’ensuit, Brocas, qui a du style et de l’éducation, se souvient de Fermina Márquez. Son Jardin est donc à la fois de supplices et de délices. Olivier Mony

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