25 août > Roman France

Paul, Tahitien de Papeete étudiant en cartographie, spécialisé dans la montée des eaux due au réchauffement climatique, et Virginie, Web-journaliste stagiaire dans une start-up, n’auraient jamais dû se rencontrer. Sauf que le garçon a quitté son archipel pour venir achever ses études en métropole, chargé d’une mystérieuse enveloppe à lui remettre. Elle contient le journal de bord tenu par Josse, son père, un marin à la trajectoire peu banale. Après la mort de sa femme Livia, d’un retour de bôme qui la jette à l’eau, il est parti aux antipodes où il a rencontré Tokahi, la mère de Paul, veuve d’un mari violent. Il a servi de beau-père au jeune homme, jusqu’à sa mort. Et c’est Tokahi qui l’a chargé de cette mission.

Paul débarque en Ile-de-France, dans une cité de banlieue cosmopolite, en proie à tous les trafics. Au début, il ne s’en sort pas trop mal. Hébergé chez un certain Eddy qu’il a connu à Papeete, il est pris en charge par la communauté des voisins : Africains, Comoriens, Afghans… Mais il va vite se rendre compte que son ami est un type louche, qui n’est pas "en vacances", comme il le prétend. Mais un caïd tombé pour une affaire de deal, et qui s’est fait des ennemis. Paul l’apprendra à ses dépens, déclenchant malgré lui une sanglante vendetta. Paul finira par retrouver Virginie, laquelle, au début, ignore tout de leur lien de famille recomposée, et lui remettra son drôle d’héritage. Et puis, ils tomberont amoureux et le garçon lui racontera la vérité. Tandis qu’une grève générale paralyse le pays et que la cité s’embrase, ils partiront voir la mer…

Revisitant le roman de Bernardin de Saint-Pierre, Jean-Luc Marty l’a débarrassé de son élément transgressif (l’inceste) et de ses afféteries romantiques. Si l’amour des deux héros contemporains reste sincère, le contexte sociétal de leur rencontre occupe une place prépondérante dans La mer à courir : charge contre les essais nucléaires français dans le Pacifique et en Algérie, angoisse face aux menaces écologiques, dénonciation d’une conception ultralibérale, inhumaine et tout-technologique de l’entreprise, état réaliste des banlieues sinistrées… Tout cela fait un roman éclaté, engagé, métissé. Généreux, aussi, prêt à "assumer le plus possible d’humanité", selon la belle formule de Gide.

J.-C. P.

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