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Aude Gros de Beler : sa méthode pour rendre l'histoire attractive

Aude Gros de Beler - Photo olivier dion

Aude Gros de Beler : sa méthode pour rendre l'histoire attractive

Alors qu'elle porte la fusion d'Errance et Picard, effective en janvier prochain, la directrice éditoriale Aude Gros de Beler propose une stratégie bien ficelée pour attirer les lecteurs vers les thématiques historiques.

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Par Cécilia Lacour ,
Créé le 29.10.2021 à 10h00 ,
Mis à jour le 29.10.2021 à 15h43

«Un rêve de môme. » Voilà comment Aude Gros de Beler décrit sa passion pour l'égyptologie. « Mon père m'avait offert un livre en noir et blanc sur les pyramides. J'avais sept ans et j'ai décidé qu'un jour, je serai égyptologue », continue celle qui portera en janvier prochain la fusion d'Errance et Picard, deux marques spécialisées en archéologie, histoire et histoire de l'art, respectivement acquises par Actes Sud en 2003 et 2010. Elle réalise son rêve d'Égypte au milieu des années 1980 en participant à des chantiers de fouilles à Alexandrie et Tanis. Dix ans plus tard, elle découvre par hasard le monde du livre. « Je cherchais un petit boulot et j'ai remonté l'avenue de l'Opéra en commençant par le numéro 1. Au 3, avenue de l'Opéra se trouvait la librairie Molière. J'ai poussé la porte et j'y ai beaucoup appris. Un jour, l'éditrice a remporté un appel d'offres pour les 80 ans de la marque d'électroménager Brandt. J'ai proposé d'écrire un livre sur l'histoire de l'électroménager de la préhistoire à nos jours. C'était mon premier livre en tant qu'auteure », se souvient Aude Gros de Beler.

Le premier livre aussi dans lequel elle montre ce qui deviendra plus tard sa marque de fabrique : l'histoire se raconte par ses angles décalés et ses approches originales. Peu à peu, elle accumule les casquettes. Elle devient professeure d'égyptologie tout en continuant d'écrire des ouvrages chez Molière, puis chez Errance avant de faire découvrir son pays de cœur aux enfants avec L'Égypte à petit pas (Actes Sud Junior, 2007). Trois ans plus tard, elle publie son premier roman jeunesse. Sur l'Égypte antique, bien évidemment. Elle s'y assure que l'ensemble des faits racontés et des personnages mis en scène ont réellement existé. « 99 % des romans historiques que je vois passer pourraient être des histoires calquées sur n'importe quelle époque », regrette-t-elle. En parallèle, elle est recrutée comme éditrice en 2004 par Actes Sud avant de rejoindre, quelques années plus tard, Errance puis Picard en tant que directrice éditoriale. Voilà pour le CV foisonnant.

Multiplier les approches

« J'ai tout mené de front, je n'ai jamais pu me résoudre à choisir. Il n'y a rien de plus important pour moi que la transmission à travers l'écriture, le professorat, le travail d'édition... Cette transmission est vitale », assure Aude Gros de Beler. Pour transmettre l'histoire, l'éditrice a une méthode bien ficelée. « Partir de la petite histoire, d'une petite curiosité, pour raconter la grande ». Mêlant la théorie à la pratique, la directrice éditoriale a publié le 1er septembre La chambre et l'intime, de l'historienne spécialiste du XVIIIe siècle Claire Ollagnier (Picard). Dans ce texte « à la limite entre le récit et la littérature qui n'entre pas du tout dans le registre de l'ouvrage scientifique », l'autrice parcourt, en 160 pages, le siècle des Lumières à travers l'évolution des usages de la chambre à coucher.

Opter pour un angle décalé n'est pas la seule stratégie d'Aude Gros de Beler. « J'essaie aussi de développer des livres courts et percutants afin que les lecteurs puissent s'approprier une thématique plus facilement », explique l'éditrice. Et elle s'assure que chacun de ses auteurs écrive « dans un souci de se faire comprendre par des personnes moins aguerries que lui sur le sujet et que, dans ce rôle, il devient un passeur et non un détenteur exclusif de savoir. C'est dans cette optique que l'on doit penser nos livres », complète-t-elle. Son objectif : « Multiplier les approches pour qu'un public d'étudiants ou d'amateurs puisse avoir accès à des livres tremplins vers d'autres ouvrages plus élitistes ou complets. Il faut des titres pour tous les âges, tous les goûts et tous les niveaux. »

Et si aucune de ces tactiques ne fonctionne, elle a une botte secrète : l'architecte et archéologue Jean-Claude Golvin, « considéré comme l'un des plus grands restituteurs au monde de sites archéologiques sur aquarelle ». Une manière efficace, selon elle, pour « entrer en archéologie de manière simple et illustrée ». Après avoir rédigé et publié ensemble Voyage en Egypte ancienne (Errance, 2016, réédité en janvier dernier), le duo proposera Portraits de l'Égypte ancienne en février. Si elle veut rendre accessible l'histoire et l'archéologie au plus grand nombre, Aude Gros de Beler « n'abandonne pas [ses] chercheurs qui ont aussi besoin de littérature » et consacre une partie de son programme à des textes plus érudits.

Mordue d'Égypte

Autant d'approches qu'elle mettra à profit pour restaurer la « gloire d'antan » d'Errance et Picard, ces deux maisons aux lignes éditoriales similaires qu'Actes Sud préfère rassembler sous une seule et même bannière. Et qui mieux qu'Aude Gros de Beler pour incarner cette nouvelle entité fusionnée ? « C'est une éditrice qui a du talent et des idées. Elle est curieuse, intelligente, douée d'une grande rigueur. Elle est aussi redoutable : la moindre virgule qui n'est pas au bon endroit, elle la voit ! », relève Jean-Paul Capitani, président du conseil de surveillance du groupe arlésien. Mais également, une éditrice franche, qui ne mâche pas ses mots - « Il devrait y avoir plus d'historiens dans l'édition de livres d'histoire », souffle-t-elle par exemple - et passionnée. « C'est un sujet plus ingrat que les livres de gare mais il en vaut vraiment la peine », assure la directrice éditoriale. Et pour cette mordue d'Égypte, l'année prochaine sera très importante. Outre la fusion officielle d'Errance et Picard, deux anniversaires marqueront 2022 : le centenaire de la découverte de la tombe de Toutânkhamon et le 200e anniversaire du déchiffrement de l'écriture hiéroglyphique par Champollion. Une belle coïncidence.

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