Un "grand poète" adulé
D’un côté, il y a ceux qui approuvent ce choix comme l’écrivain britannique Salman Rushdie qui a rapidement tweeté "D’Orphée à Faiz, la chanson et la poésie ont toujours été liées. Dylan est l’héritier brillant de la tradition des bardes. Excellent choix".
From Orpheus to Faiz,song & poetry have been closely linked. Dylan is the brilliant inheritor of the bardic tradition.Great choice. #Nobel
— Salman Rushdie (@SalmanRushdie) 13 octobre 2016
L’écrivain américain Stephen King est du même avis et se déclare "ravi" de cette attribution sur son fil Twitter.
I am ecstatic that Bob Dylan has won the Nobel. A great and good thing in a season of sleaze and sadness.
— Stephen King (@StephenKing) 13 octobre 2016
En France, le romancier Philippe Margotin, co-auteur de Bob Dylan, la totale (Chêne, 2015) considère même le chanteur comme étant "le plus grand poète vivant de l’Amérique du XXe siècle".
Des écrivains stupéfaits
Mais face ces propos approbateurs, il y a aussi ceux qui ne comprennent pas la nomination de Bob Dylan. L’auteur écossais Irvine Welsh a qualifié le Nobel de "récompense nostalgique et malade arrachée aux prostates séniles de hippies bavards".
L’écrivain membre de l’Académie Goncourt Pierre Assouline, lui, se désole. "J’aime Dylan mais il n’a pas d’œuvre. Je trouve que l’Académie suédoise se ridiculise. C’est méprisant pour les écrivains", affirme-t-il à l’AFP. Dès le lendemain, il ajoute sur Twitter :
Puisque les mémoires de BobDylan sont l'œuvre d'un "grand écrivain" ( la Toile ), c'est Keith Richard ou Patti Smith qu'il fallait nobéliser
— pierre assouline (@Passouline) 14 octobre 2016
Attribué pour la première fois à un chanteur, le prix Nobel de Bob Dylan n’en finit pas de diviser, remettant en question la définition même de l’écrivain. Interrogé sur une telle hypothèse en 2001 par Le Monde, l'essayiste et critique de rock américain Greil Marcus affirmait que "si on lui donnait ce prix, ce serait reconnaître que ses paroles sont de la grande poésie. Or ce sont des paroles de chansons, qui n’existent pas en dehors de la musique".
La rédactrice en chef du cahier littéraire du Los Angeles Times, par ailleurs poétesse, Gabrielle Calvocoressi, ne dit pas autre chose dans Libération: "Difficile de dire si Bob Dylan est un poète. Si on conçoit la poésie comme originellement chantée à la lyre, alors, oui, il s’intègre dans la tradition poétique. Et si on considère le Nobel de littérature comme un prix qui reflète l’influence littéraire d’une œuvre, personne ne peut nier que Dylan a eu un impact extraordinaire sur le monde." Elle précise son opinion : "Ce Nobel ouvre aussi la porte aux grands paroliers, y compris aux artistes de hip-hop, un style de musique que je considère souvent très proche de la poésie. Il va peut-être permettre à d’autres genres d’écriture d’être appréciés comme des vecteurs de changements littéraires et sociaux", ajoutant que "la composition de chansons sera désormais considérée comme un genre littéraire. Un enfant pourra maintenant amener à l’école une chanson de hip-hop, ou d’un autre style musical, et en débattre comme d’une autre forme de littérature."