BCBF 2025

Heureux comme un éditeur philippin à la foire de Bologne

Paulo Allessandro Herras est le créateur de Komiket, aux Philippines - Photo EC

Heureux comme un éditeur philippin à la foire de Bologne

Pays invité d’honneur de la foire de Francfort en 2025, les Philippines ont également pris part, pour la deuxième année consécutive, à la foire de Bologne. Rencontré au « Comics Corner », Paulo Allessandro Herras, fondateur de Komiket, éditeur et promoteur d’événements autour de la bande dessinée, relate l’impact de cette ouverture à l’international pour le marché éditorial philippin.

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Par Élodie Carreira
Créé le 02.04.2025 à 20h36

Livres Hebdo : Que représentent les segments jeunesse et BD du marché éditorial philippin sur la scène internationale ?

Paulo Allessandro Herras : Le secteur du livre pour enfants est un secteur essentiel et porteur du marché philippin. Chaque année, 100 à 150 nouveautés sont publiées, ce qui est relativement important pour nous. Quant à la bande dessinée, si elle était assez peu développée au départ, nous sommes désormais 14 maisons d’édition spécialisées. Nos romans graphiques sont aussi largement reconnus à l’international depuis que nous avons obtenu un stand, en 2021, à la foire de Francfort puis à Angoulême en 2023 et en 2025. Randy Valiente, un illustrateur philippin, a même reçu le National Book Awards en 2018 !

Aujourd’hui, les Philippines sont présentes pour la deuxième année consécutive à la foire de Bologne. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Les éditeurs philippins ont été conviés à Bologne, pour la première fois, l’année dernière. Cette année, nous sommes de nouveau présents avec un stand élargi, qui met en avant environ 120 titres. Sept de nos auteurs ont également été invités à présenter leur travail lors d’une conférence. Notre présence à Bologne constitue une étape importante dans l’évolution de notre marché éditorial. D’abord, cela nous permet de montrer aux acteurs internationaux toute la créativité et le talent des auteurs et illustrateurs philippins. Ensuite, le marché de la jeunesse est celui qui favorise le plus l’échange de droits. C’est donc un point d’entrée de choix pour obtenir une reconnaissance à l’échelle mondiale.

« Il est nécessaire que nous élargissions notre lectorat pour subvenir à nos besoins »

Le gouvernement philippin soutient-il le marché du livre ?

Je pense que par rapport à ce que d’autres gouvernements font pour le livre, le gouvernement philippin pourrait faire davantage. Certes, l’arrivée en 2021 d’un nouveau représentant au National Book Development Board, l’autorité du livre philippine, a permis le développement de certaines aides comme la création d’espaces de lecture pour enfants, ou la mise en contact des éditeurs jeunesse avec le ministère de l’Éducation pour prioriser l’achat de livres locaux. Nous percevons aussi quelques subventions, notamment pour la traduction du philippin à l’anglais, puisque la plupart des livres que nous publions le sont en anglais. Néanmoins, il est plus que nécessaire que nous élargissions notre lectorat pour subvenir à nos besoins et couvrir nos frais d’impression, d’autant que le papier est entièrement importé et coûte donc plus cher. Il n’y a pas non plus de distributeurs aux Philippines, ce qui représente, là aussi, un défi de taille.

Les cessions de droit constituent donc un levier d’action non négligeable pour assurer la pérennisation du marché de l’édition philippin, quel que soit le segment privilégié…

Le marché philippin est relativement inconnu, mais nous commençons, petit à petit, à être identifiés à l’étranger. À ce titre, le rôle joué par les foires internationales est primordial. Non seulement cela nous permet de consolider notre réseau de contacts, de cimenter certaines amitiés, mais cela nous permet aussi de rencontrer de nouvelles personnes. Par exemple, ici à Bologne, j’ai eu huit à dix rendez-vous par jour, ce qui est énorme ! J’ai aussi beaucoup échangé avec des éditeurs italiens ou latino-américains avec qui je ne traitais pas jusqu’ici.

Et les voyages à l’international ne sont pas finis puisqu’en 2025, vous serez l’invité d’honneur de la grand'messe de l’édition, la foire de Francfort. Comment avez-vous perçu cette invitation ?

C’est fantastique, c’est un moment très privilégié pour nous et pour notre travail. Nous allons tâcher de profiter pleinement de cette opportunité et faire de notre mieux pour l’honorer, car elle pourrait ne jamais se reproduire ! C’est aussi l’occasion pour nous de donner une autre vision de l’édition philippine, moins désuète peut-être, et d’enfoncer davantage de portes !

Komiket, promoteur de la bande dessinée aux Philippines

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